vendredi 28 mars 2008

Thon de l'Atlantique : durcissement des règles de pêche

TOKYO (AFP) - 28/03/2008 - Les principaux pays consommateurs de thon sont tombés d'accord jeudi à Tokyo sur le principe d'un durcissement des règles et des quotas de pêche dans l'Atlantique afin de prévenir l'extinction de l'espèce, a indiqué un responsable gouvernemental japonais. Des représentants de la Commission européenne et de trente pays ont participé durant deux jours à Tokyo à une réunion "informelle" de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (Cicta), destinée au suivi des quotas de pêche institués en 2006 pour éviter l'extinction du thon, victime de l'engouement mondial pour les sushis. En 2006, les membres de la Cicta s'étaient entendus pour diminuer d'un tiers, jusqu'à 25.500 tonnes, les prises de thons dans l'Atlantique d'ici 2010, mais dans la pratique, ces quotas sont peu respectés. Selon un rapport d'un consultant indépendant publié l'an dernier, le Japon, la France, l'Italie et l'Espagne sont les principaux auteurs de dépassements. Lors de la réunion de Tokyo, "l'idée selon laquelle les règles doivent être durcies a été contestée, notamment par les pêcheurs des pays méditerranéens qui jugent que ces règles sont déjà assez dures comme ça", a expliqué un responsable japonais ayant assisté aux débats organisés à huis-clos. "Mais au final, tout le monde est tombé d'accord pour dire qu'il est impossible de continuer à pêcher comme nous le faisons maintenant si nous voulons conserver le poisson", a-t-il ajouté. Il a précisé que les Etats-Unis avaient même suggéré l'idée d'un moratoire complet sur la pêche au thon pour garantir la survie de l'espèce. Cette réunion informelle a servi à préparer la prochaine assemblée générale de la Cicta, qui aura lieu à l'automne en Nouvelle-Zélande, et au cours de laquelle des mesures plus coercitives pourraient être décidées.

jeudi 27 mars 2008

Loi OGM : Greenpeace envoie un documentaire aux députés

PARIS (AFP) - 27/03/2008 - L'association Greenpeace a annoncé mercredi avoir adressé des copies d'un documentaire sur la firme américaine Monsanto aux 577 députés français qui s'apprêtent à examiner le projet de loi sur les OGM. " Il nous semble essentiel qu'à la veille de se prononcer sur une loi qui engage l'avenir de l'agriculture et de l'environnement français, les élus français aient tous vu cette enquête passionnante et instructive sur les méthodes et l'histoire du leader des OGM ". "Le Monde selon Monsanto", une enquête de trois ans de Marie-Monique Robin récemment diffusée sur Arte, retrace l'histoire du plus gros semencier OGM de la planète, dont le soja, le maïs et le coton transgéniques gagnent rapidement du terrain. Le projet de loi sera examiné du 1er au 3 avril par l'Assemblée nationale, après avoir été largement amendé par les sénateurs en février.

mercredi 26 mars 2008

La difficile traque des navires pollueurs en Méditérranée

MARSEILLE (AFP) - 26/03/2008 - Près de 200 pollutions dues à des rejets de substances nocives ou d'hydrocarbures sont enregistrées chaque année en Méditerranée au large des côtes françaises mais la traque des navires pollueurs reste ardue et peu d'armateurs finissent devant la justice. Car le défi est de taille dans cette mer fermée où transite plus de 20% du trafic pétrolier mondial.
" Nous enregistrons environ 200 constatations de rejets par an mais la plupart sont des pollutions dites orphelines, dont on ne connaît pas l'auteur. En 2007, il n'y a eu que deux flagrants délits ", a déclaré à l'AFP le directeur du Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage en Méditerranée, Daniel Dejardin. Parmi les deux cargos pris "la main dans le sac", le cas du vraquier italien Praïano est jugé mercredi par le tribunal correctionnel de Marseille. Capitaine et armateur italiens sont accusés d'avoir rejeté de l'huile d'olive au large du Lavandou (Var), occasionnant une nappe de pollution de 17 km de long et 50 m de large. Ils encourent une peine maximale de 7 ans d'emprisonnement et 700.000 euros d'amende. " Les rejets d'huile d'olive sont nocifs pour l'environnement, notamment pour le plancton, et sont interdits dans les eaux territoriales ", a rappelé le parquet de Marseille.
Aujourd'hui Mercredi, le tribunal de Marseille juge aussi le capitaine italien et l'armateur libérien d'un vraquier battant pavillon portugais, le Wintrader, accusés du rejet d'hydrocarbures au large de Toulon, le 21 mai 2003. Ils encourent la peine maximale prévue par la loi française: 1 M EUR d'amende et 10 ans de prison. Car, depuis plusieurs années, après les catastrophes pétrolières de l'Erika ou du Prestige en Atlantique, la France a durci son arsenal juridique. Outre le relèvement des sanctions, les navires qui dégazent, une opération qui consiste à rejeter les résidus de carburant issus de la combustion des moteurs, peuvent être déroutés et immobilisés dans les ports. L'armateur doit payer une caution s'il veut repartir. Pour les sociétés étrangères, cela évite une disparition au moment du procès et de la sanction. Le 21 novembre 2007, l'armateur turc ATS Denizcilik ve Nakliyat Ticaret a ainsi été condamné à une amende de 750.000 euros pour un dégazage au large de la Corse. Une somme prélevée sur la caution d'un million d'euros qu'il avait dû verser lors de l'immobilisation de son cargo. Depuis 2004, 12 condamnations ont été prononcées à Marseille pour un total de 4 M EUR d'amende et 10 navires ont été immobilisés. Mais pour sanctionner, il faut prendre en flagrant délit dans les eaux territoriales ou dans la zone de protection écologique, plus étendue. La France dispose d'un avion spécialisé des douanes (Polmar) équipé de radars d'une portée latérale de 30 à 40 km. En 3 heures de vol, 50.000 km2 sont surveillés. Mais cet avion ne peut pas prendre de photo la nuit, un élément de preuve crucial pour identifier le navire fautif. Beaucoup de cargos profitent de cette faiblesse. " Nous travaillons activement à résoudre ce problème ", explique Christian Cosse, expert en pollution maritime des douanes. La principale motivation des dégazages est économique. " Les armateurs ne veulent pas payer un jour d'escale en plus pour se servir des stations de séparation des hydrocarbures ", explique M. Dejardin. Si les amendes s'alourdissent et se multiplient, les assurances pourraient toutefois cesser de couvrir... et inciter les armateurs à changer de pratiques.

mardi 25 mars 2008

Hécatombe dans la population de dauphins de Méditerranée.

PARIS - 25 /03/2008 : Un article paru dans Meretmarine.com le 18/03/2008 fait état d'une hécatombe du à un virus contaminant les dauphins de Méditérannée. Depuis janvier, pas moins de 68 dauphins se sont échoués sur les plages françaises de la Méditerranée. Ce virus a été baptisé en 1990 suite à une série de contaminations au large de l'Espagne. On le soupçonne alors de circuler à l'état endémique chez les grands cétacés, qui sillonnent les océans. Immunisés par des anticorps spécifiques, ces cétacés, s'ils ne développent pas la maladie, transmettraient le virus aux mammifères marins lorsqu'ils franchissent Gibraltar. Le dauphin bleu et blanc, espèce très répandue en Méditerranée, en est la première victime.
le blog Science et éthique a demandé à Sami Hassani, responsable du Laboratoire d’Études des mammifères d'Oceanopolis à Brest, son avis sur la question : " Je suis effectivement au courant de cet événement en Méditerranée, cette maladie touche régulièrement des populations de mammifères marins. En Mer du Nord, ce sont souvent les phoques veaux marins qui sont touchés, nous a -t-il précisé. " Pour ce qui est du lien avec les polluants, c'est beaucoup plus délicat. Même si l'on sait que certains contaminants entraînent normalement des baisses immunitaires. En Mer du Nord les phoques gris ont beaucoup moins été touchés que les veaux marins, or ils sont soumis aux mêmes polluants. Bien sûr, il y a aussi des facteurs de résistance liés aux espèces. Concernant la vaccination : 1. elle serait très compliquée à mettre en œuvre. 2. Ce type de virus mute et donc il faudrait refaire à chaque fois de nouveaux vaccins.3. Pour les veaux marins, le suivi a montré une réponse de la population par un abaissement de l'âge de reproduction; en quelques années la population a retrouvé son niveau d'avant l'épidémie."

jeudi 20 mars 2008

Publication : l’apport des marées noires dans la connaissance du fonctionnement des écosystèmes côtiers

BREST - 20/03/2008 - La perturbation majeure apportée à l’écosystème par la marée noire de l’Amoco Cadiz, survenue voici précisément 30 ans, peut être l’occasion de mettre en évidence les avancées scientifiques obligées qu’elle a permis tout au long des différentes phases de restauration d’un écosystème marin très perturbé. C’est ce que détaille, pour le blog Science et éthique, Michel Glémarec, professeur honoraire d’océanographie biologique à l’UBO, directeur du Laboratoire d’océanographie biologique de l’UBO en 1972 : « Toute marée noire apporte ses enseignements en fonction de la nature de la cargaison, de la latitude, de la géomorphologie et de l’hydrodynamisme locaux. La saison, le moment où apparaît la perturbation, est également importante ».
Nous avons demandé à Michel Glémarec de nous résumer ainsi les apports en termes de connaissance des écosystèmes côtiers que chacune des grande marée noire des quarante dernières années a permis d’acquérir :
- Cas du Torrey Canyon 18 mars 1967, Cornouailles anglaises, Manche : le nettoyage avec les produits détergents de l’époque élimine totalement les algues sur les rochers. La faune des sédiments subit une mortalité importante, les mollusques notamment. La restauration des peuplements sur les rochers sera de l’ordre de 16 à 17 ans. Les différentes phases de la succession écologique apparaissent avec prolifération des algues vertes, puis retour des algues brunes contrôlées par les mollusques brouteurs (bigorneaux, patelles) qui sont revenus peu à peu.
- Cas de l’Amoco Cadiz 16 mars 1978, Bretagne Nord : forts de l’enseignement du Torrey Canyon, les dispersants seront peu utilisés. Cette catastrophe qui reste la plus importante connue à ce jour, est caractérisée par la très forte évaporation dans l’atmosphère et une dissolution massive dans la masse d’eau. La mortalité immédiate puis différée jusqu’à l’automne permet d’estimer la perte de 220 000 tonnes d’animaux, susceptibles d’être consommés par les prédateurs, c’est le cas de poissons à forte valeur commerciale. 300 km de côtes sont touchés par cette mortalité. L’Amoco permet pour la première fois d’établir les différentes étapes de la succession (restauration), avec substitution par les espèces opportunistes puis stimulation par les espèces tolérantes et enfin, restructuration progressive avec le retour des espèces sensibles. Ces dernières sont essentiellement des carnivores et régulent le système en empêchant toute prolifération anarchique. Ce scénario se déroule sur 6 à 8 ans là où la mortalité a été la plus importante (région des Abers). L’événement de l’Aegean Sea le 3 décembre 1992, sur les côtes galiciennes montrera la pertinence du modèle de restauration avec des phases similaires mais d’ampleur plus réduite, notamment au niveau de l’échelle temporelle. Des déséquilibres apparaissent à différents niveaux du réseau trophique. Les poissons qui avaient fui, ayant « senti » le pétrole (le lieu de Portsall) reviendront plus tard mais n’atteigneront leur niveau d’exploitation que 2 à 3 ans plus tard. Ces poissons n’ayant pas consommé leurs proies habituelles, les crevettes roses, celles-ci seront plus abondantes que d’habitude car elles consomment la microfaune qui a proliféré sur les algues. Ces dernières ont profité de l’apport de matière nutritive que constitue le pétrole dégradé. Les crevettes se sont déplacées avec les algues échouées et deviennent accessibles à la capturabilité des pêcheurs à pied en 1979 et 1980. C’est l’exemple de la mini tâche rose dans cette marée noire. Quant aux poissons plats, ils viendront consommer des proies (des vers) contaminées par le pétrole, ce qui provoquera des modifications dans leur taux de fécondité plusieurs années après l’événement.
- Cas de l’Exxon Valdez 26 mars 1989, Alaska, Prince Williams Sound : le pétrole ne contamine pas les animaux de fond (benthos) dans ces fjords profonds (de l’ordre de 300 m). Aucun modèle de substitution n’apparaîtra. Le pétrole souille le milieu rocheux qui découvre, c’est « l’anneau de baignoire ». La mortalité apparaît dans les niveaux supérieurs du réseau trophique (aigles, lions des mers, phoques, loutres …). Ceci entraîne des modifications au sein du réseau trophique. S’il y a moins d’aigles, leurs proies, les oiseaux de mer, sont plus nombreux, et consomment abondamment le benthos. Plusieurs exemples de ce type de déséquilibre sont des cas d’école. Mais il se passe quelque chose de totalement inattendu, apparu dans la masse d’eau puisque c’est 3 et 4 ans après l’événement que les stocks exploités de harengs et de saumons s’écroulent presque intégralement. Ces derniers ne pourront se reconstituer que très lentement. Tout phénomène qui intervient dans la masse d’eau reste aujourd’hui non élucidé, non mesurable, dans l’état actuel de la science.
- Cas de l’Erika 12 décembre 1999, Bretagne Sud : contrairement à ce que pouvaient prévoir les modèles de circulation atmosphérique et océanique avec notamment l’influence de la Loire, la tempête de Noël a projeté l’essentiel de la cargaison sur la partie terrestre du littoral (dunes, marais) et dans les marais salants. Sur les falaises battues, les moules et les pouces-pieds ont été contaminés, mais au bout de trois mois, la concentration en hydrocarbures était devenue négligeable. Quelques phénomènes de déséquilibre ont pu être observés durant deux ans environ. C’est le cas des flaques intertidales où, les oursins étant morts, il y a eu une prolifération d’algues, vite contrôlée une fois les oursins revenus, deux ans après l’événement. Ce n’est qu’un exemple d’un déséquilibre limité. Pour la partie immergée, l’impact économique a largement dépassé les évaluations des pertes écologiques, c’est un phénomène d’amplification.
En conlusion on peut dire qu’il n’y aura jamais de corrélation entre le tonnage d’une cargaison et l’estimation des pertes au niveau d’un écosystème. Chaque accident apporte ses spécificités et les méthodes de traitement et de lutte doivent être aménagées. La saison est importante pour la prise en compte de ces moyens ainsi que la présence ou non d’espèces économiquement importantes. Pour une espèce donnée, il faut aussi prendre en compte son stade de développement (œufs, larves, adultes).Toute perturbation de type « marée noire » accélère le déclin d’activités économiques vieillissantes. Ce phénomène est apparu modestement sur la côte Nord de Bretagne ; par contre en Alaska, est apparue une réelle perte d’identification culturelle des tribus indiennes. L’afflux de l’argent compensatoire a créé des « spillionnaires » et des divisions au sein des familles entre ceux qui acceptaient et ceux qui n’acceptaient pas le « blood money ».
© blog science et ethique Mars 2008