vendredi 6 novembre 2009

« La Boudeuse » et la mission "Terre-Océan" au départ de Brest



Actuellement amarrée au Port du Château à Brest, le trois-mâts « La Boudeuse » appareillera, dès que les vents lui seront favorables, pour une mission "Terre-Océan" de deux ans. dans le cadre des actions du Grenelle de la mer.

Il s’agit d’une mission officielle pour le compte du Ministère de l’écologie de l’énergie, du développement durable et de la mer (MEEDDM).
Le ministre Jean-Louis Borloo a en effet signé une « lettre de mission » au Capitaine Patrice Franceschi qui n’est pas sans rappeler l’évocation historique due celle que reçue par Louis-Antoine de Bougainville, pour son voyage autour du monde, de 1766 à 1769 sur…, »La Boudeuse » !

Bougainville était alors le premier des navigateurs à emmener avec lui des « savants » et le premier à s’aventurer sur les mers pour des raisons purement scientifiques.

La mission "Terre-Océan" est, aujourd’hui, l’une des réalisations de « terrain » du  Grenelle de la Mer dont le point de départ a été donné à bord de La Boudeuse le 27 février 2009 à Paris.

Les préoccupations du « Grenelle de la mer » sont multiples et reflètent l’ambition de préserver l’avenir de la planète pour les générations futures : défense de l’environnement et de la biodiversité, lutte contre le réchauffement climatique, développement durable, maîtrise de l’énergie, etc.

C’est dans ce cadre que la mission "Terre-Océan" doit se consacrera aussi bien aux problématiques des océans qu’à celles de la terre elle-même, puisque celle-ci génère des fleuves qui en sont le prolongement. D’où le nom de cette mission qui relie ce deux mondes.
Elle s’effectuera de l’Amérique du sud à l’océan Pacifique, après le passage du cap Horn en décembre 2010.

Les missions scientifiques qui ont été assignées à la Mission Terre-Océan ont été établies par un comité scientifique composés de membres de la Société des explorateurs français et de la Société de géographie, faisant appel aux principales institutions scientifiques françaises dont  :
- le CNRS
- l'IRD
- le Muséum d’histoire naturelle ...

Les deux zones géographiques dans lesquelles se dérouleront ces missions sont :
- les grands fleuves d’Amérique du sud – Amazone, Orénoque, Paraná et canaux de Patagonie durant la 1ère année,
- les îles du Pacifique affectées par la montée des eaux dû au réchauffement climatique – Polynésie, Micronésie et Mélanésie – pour la 2nde année.

Au-delà des études scientifiques, la mission "Terre-Océan" participe aussi au mouvement de sensibilisation du public aux objectifs environnementaux du grenelle de la mer. l’expédition produira ainsi des séries de films et de reportages destinés au grand public.

Dans ce cadre de sensibilisation du public nous rappelons pour mémoire que lors de la phase de concertation des acteurs au sein des groupes de travail, Brigitte Bornemann-Blanc (gérante de 3B Conseils et déléguée générale des entretiens Science et Ethique ) avait été auditionnée le 5 mai dernier, par le groupe 3 « Partager la passion de la mer » du Grenelle de la mer, présidé par Christian Buchet, professeur Académie de marine, chaire d’histoire de la marine.


Sources : Mission Terre-Océan / MEEDDM / Photo La Boudeuse - Mission Terre-Océan / RH – 3B Conseils

jeudi 5 novembre 2009

19 projets dans les énergies de la mer .... et beaucoup de questions en suspens...


Les Rencontres Internationales du Havre qui viennent de se tenir durant deux jours, les 3 et 4 novembre, ont réuni les différents acteurs et décideurs territoriaux, économiques, journalistes sur des thèmes touchant à l’avenir des activités maritimes au développement durable et aux territoires maritimes.
Le thème des 3è rencontres du Havre était « L’éolien en mer ».

Les entretiens Science et Ethique et 3B Conseils participaient aux travaux et présentaient également à cette occasion l’exposition «  les énergies de la mer : l’Or bleue ».

Lors de ces débats sur l'éolien offshore, l'Ademe a communiqué le 4 novembre, l'indication suivante :
19 projets ont été remis le 15 octobre dernier et ils sont répartis de la manière suivante :
- les hydroliennes (énergie des courants marins)
- l’éolien offshore flottant (et pas l'éolien offshore fixe)
- les machines houlomotrices ou l’énergie des vagues et de la houle
- l’énergie thermique des mers (ETM)

Il s'agit donc d'un succès... mais quelques remarques me semblent importantes :

1 - le fond démonstrateur de 400 millions d'euros, annoncé à l'été 2008,  lancé en 2009 et clôturé depuis 20 jours n'est pas alloué exclusivement aux énergies de la mer. Une grande partie concerne la captation et l'enfouissement du CO2, la biomasse ou le stockage de l'énergie ... ce qui pourrait réduire de manière importante les financements des projets "démonstrateurs", alors qu'elle part sera réellement attribuée aux énergies renouvelables de la mer ?

2 - la société civile n'est pas représentée par les syndicats ou fédérations concernés par les énergies renouvelables, et les décisions sur les projets retenus par le Fond est gouverné aujourd'hui par un comité de pilotage, composé du MEEDDM et du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, pourra-t-on connaître les critères d'attribution pour les projets retenus ou rejetés ?

3 - les AMI (Appels à Manifestation d'Intérêt) pour la production d'électricité renouvelable ont été créés en 1995. Il semblerait qu'aucune évaluation n'ait été menée ou demandée sur les résultats effectifs, en sera-t-il de même pour le fond démonstrateur ?

4 - qui va payer les raccordements situés sur le domaine public maritime entre le démonstrateur et la terre pour que la démonstration soit effective ?


liens : blog des énergies de la mer 12 juin 2009.

sources : BB/3B Conseils - Ademe - MEEDDM

mercredi 4 novembre 2009

Procès en appel de l’Erika : l'audition des présidents des collectivités territoriales touchées



Nous évoquions ici le 2 octobre dernier l’ouverture du procès en appel de l’Erika. L’audience du 3 novembre marque une étape avec l’audition des représentants des collectivités territoriales touchées par la catastrophe écologique en décembre 1999.

En effet, sept collectivités territoriales et une communauté d'agglomération (*) ont fait appel du jugement rendu le 16 janvier 2008 par le TGI de Paris et décidé d’unir leurs intérêts en appel.

Elles poursuivent le but d’obtenir de la Cour d’appel de Paris, la confirmation d’une jurisprudence qui a créé en droit français la notion de «préjudice écologique».

Lors de l’audience du 3 novembre, le président de la région Bretagne, Jean-Yves Le Drian , le président de la région des Pays de la Loire, Jacques Auxiette comme le président du Conseil général du Finistère, Pierre Maille, notamment ont demandé que leurs collectivités soient indemnisées au titre du préjudice écologique pour le naufrage de l'Erika. En 2008, pour la première fois en France, la justice avait reconnu l'existence d'une « atteinte à l'environnement ».

Si lors du procès en première instance, le préjudice écologique avait été reconnu pour le seul département du Morbihan pour 1 M€ et la Ligue de protection des oiseaux (LPO) pour 300.000€, en appel chacune des régions ( Bretagne, Pays de la Loire et Poitou-Charentes) réclament 30M€ au titre du préjudice écologique, tandis que le département du Finistère, réclame 10M€ de préjudice écologique et 2 M€ pour l’atteinte à l’image du département notamment dans le domaine touristique.

Le président Le Drian a rappelé au cours de l’audience que la région Bretagne cofinance avec l'État, dans le cadre des contrats de plan et les contrats de nature, des actions en matière environnementale, ce qui constitue la preuve que les collectivités sont, elles aussi, « garantes du patrimoine écologique ».

Dès lors Il est essentiel que «la responsabilité collective de l'ensemble de la chaîne de transport», dont celle de Total (affréteur de l’Erika) soit confirmée sur le plan pénal.

Pierre Maille, président du Conseil général du Finistère, a souhaité pour sa part que le jugement soit «sévère, afin, nous l'espérons, de dissuader de futures pollutions».

Le bilan de la catastrophe de l’Erika :
- 21 000 oiseaux mazoutés comptabilisés en seulement quinze jours,
- 74 000 volatiles recueillis au total, dont seulement 32 000 étaient vivants,
- 2 000 oiseaux relâchés dans la nature…
- 61 espèces touchées, dont 60 000 guillemots, espèce menacée, et une population totalement et durablement éradiquée, l’Eder à duvet…

Ce triste inventaire établi lors l’audience du 2 novembre montre l’étendue de la catastrophe écologique Aujourd’hui les experts s’accordent à estimer que la réparation du préjudice écologique est désormais techniquement possible. Il convient de se rappeler que, après la marée noire de l'Exxon-Valdes en Alaska, le juge américain avait alloué 2,5 milliards de dollars pour les seuls dégâts causés à l'environnement.

S’agissant du jugement en première instance, Total, Rina, l'armateur de l'Erika Giuseppe Savarese et son gestionnaire Antonio Pollara avaient été condamnés solidairement en première instance à 192M€ de dommages et intérêts.
Ils avaient également reçu l'amende maximale: 375.000 €, pour les personnes morales, 75.000 € pour les personnes physiques.

Le parquet général prendra ses réquisitions le 10 novembre quant au procès en appel, il devrait s'achever le 18 du même mois.

(*) les sept collectivités territoriales et une communauté d'agglomération sont : - la région Bretagne - la région des Pays de la Loire - la région Poitou-Charentes - le département du Finistère - la commune de Saint-Nazaire - la commune de Ploemeur - la commune de Quimper - Cap l’Orient

Pour en savoir plus et suivre le procès en appel


Rappel : après le naufrage et la marée-noire de l'Erika, les entretiens Science et Ethique 2000, ont eu pour thématique les pollutions qui affectent les écosystèmes du littoral sur le plan maritime et terrestre, sur le thème "Vagues de pollutions: impacts et prévention des pollutions marines et telluriques sur les écosystèmes marins côtiers et révision de la loi sur l'eau".




Sources : Conseil régional de Bretagne / Conseil régional des Pays de la Loire / Le Télégramme / RH – 3B Conseils

mardi 3 novembre 2009

OSPAR prépare une évaluation complète de la santé de l'Atlantique du Nord-est




La Convention OSPAR est l’instrument légal actuel qui guide la coopération internationale pour la protection de l’environnement marin de l’Atlantique du Nord-Est.

Les travaux au nom de la Convention sont menés par la Commission OSPAR, composée des représentants des gouvernements des 15 Parties Contractantes et de la Commission Européenne, représentant l'Union européenne.

la mission de l'OSPAR est de conserver les écosystèmes marins et de protéger la santé humaine en Atlantique du Nord-Est :

- en prévenant et en éliminant la pollution ;
- en protégeant l’environnement marin contre les effets néfastes des activités humaines ;
- en contribuant à l’usage durable des mers.

Bilan de santé 2010 : donnez votre avis !

- OSPAR prépare une évaluation complète importante de la santé de l'Atlantique du Nord-est, qui orientera les futurs besoins en matière de protection de l'Atlantique du Nord-est. Vous pourrez commenter le projet de bilan de santé 2010 lors d’une consultation électronique qui se déroule entre le 1er et le 30 novembre 2009.

- OSPAR is preparing a major holistic assessment of the quality status of the North-East Atlantic to direct future needs for the protection of the North-East Atlantic. You will be able to comment on a draft Quality Status Report 2010 in an electronic consultation on 1-30 November 2009.

Cliquez / Click

Le bilan de santé est une évaluation holistique scientifique de la qualité de l'environnement marin de l''Atalantique du Nord-est. Il évalue aussi les progrès accomplis par OSPAR pour atteindre les objectifs de ses stratégies sur la biodiversité et les écosystèmes, l’eutrophisation, les substances dangereuses, l’industrie offshore du pétrole et du gaz et les substances radioactives.

Le bilan de santé a pour objectif d’orienter les futures politiques de protection et de conservation de l’environnement marin de l’Atlantique du Nord-est et sera lancé lors de la réunion ministérielle d’OSPAR en 2010 qui se tiendra à Bergen en Norvège du 20 au 24 septembre 2010.

Il fournira aussi une composante majeure de l’évaluation initiale que doivent préparer les états membres de l’Union Européenne dans le cadre de la directive-cadre européenne « Stratégie pour le milieu marin ».

L’objet de cette consultation est le rapport de synthèse du bilan de santé 2010 qui a été préparé pour les décideurs et le grand public. Il résume 10 années de travaux d’évaluation conduits par les parties contractantes à la Convention OSPAR, dans le cadre du programme conjoint d’évaluation et de surveillance. Les évaluations thématiques sur lesquelles le bilan de santé 2010 est basé sont accessibles à titre d’information.



En savoir plus....

La Convention de Paris (1992) pour la protection du milieu marin de l’Atlantique du Nord-Est, dite Convention OSPAR, a été signée à Paris le 22 septembre 1992.
Elle est née de la fusion de la Convention d’OSlo (1972) traitant de la prévention de la pollution marine par les opérations d’immersion, et de la Convention de Paris, traitant des rejets d’origine tellurique.


Ratifiée par tous les pays riverains de l’Atlantique Nord-Est (Allemagne, Belgique, Danemark, Espagne, France, Irlande, Islande, Norvège, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, la Suède), plus le Luxembourg, la Finlande, la Suisse, et la Communauté Européenne, elle est entrée en vigueur en mars 1998. 


Elle a repris les mandats des Conventions antérieures, et en a élargi l’approche dans le sens des dispositions prises lors des réunions de la Conférence des ministres de l’environnement des pays riverains de la Mer du Nord (Nord-Sea Conference).


Les Objectifs...


L’objet de la Convention est de fédérer les moyens de connaissance et d’action des Parties contractantes pour, globalement, assurer la meilleure conservation possible de cet espace marin, dans un esprit de développement durable.

Les 5 annexes à la Convention révèle la démarche qu’elle s’impose.

Annexe I, sur la prévention et la suppression de la pollution provenant de sources telluriques reprend les dispositions de la Convention de Paris (1974).

Annexe II sur la prévention et la suppression des pollutions par les opérations d’immersion et d’incinération en mer reprend ceux de la Convention d’Oslo.

Annexe III est spécifique aux activités offshore, contrôle des pollutions résultant de ces activités et élimination des plates-formes désaffectées.

Annexe IV porte sur l’évaluation du milieu marin. Elle prévoit un bilan périodique de l’état du milieu en regard des activités humaines et des efforts accomplis pour en limiter l’impact.

Annexe V sur "la protection et la conservation des écosystèmes et de la diversité biologique de la zone maritime" (dite annexe biodiversité) a été adoptée par les ministres à Sintra en 1998. Elle est entrée en vigueur le 30 août 2000.

Modes de travail...

Tous les cinq ans, une conférence ministérielle arrête la politique et le programme de la commission. 
La commission qui réunit les représentants des Parties contractantes, met en œuvre cette politique. 


Une quinzaine de groupes de travail se réunissent formellement, auxquels participent les organisations intergouvernementales et non gouvernementales. Ils préparent, en vue de leur adoption par la commission, des lignes directrices (concernant notamment les bonnes pratiques environnementales et les méthodes conjointes d’évaluation), des recommandations et des décisions. 


Ces instruments sont les mesures communes que doivent prendre les Parties contractantes pour maîtriser les atteintes au milieu marin. 
La Convention OSPAR a intégré les mesures équivalentes élaborées par les anciennes Convention de Paris et d’Oslo.

Ainsi, une réunion du Groupe de travail sur l'impact environnemental des activités humaine se réunit à BREST du 3 au 6 novembre.




Sources : OSPAR / MEEDDM / RH-3B Conseils

jeudi 29 octobre 2009

Le Conseil général des Côtes-d'Armor promeut la culture scientifique et technique océanique.

Remise du Prix scientifique "Christian Le Provost, Océnographe"


le 23 octobre dernier, le président du Conseil Général des Côtes d'Armor, Claudy Lebreton a remis le premier prix "Christian Le Provost, océanographe" (*) au lauréat Fabrice Ardhuin, ingénieur au Service hydrographique et océanographique de la Marine (SHOM) à Brest en présence de Dominique LE QUEAU, directeur de l'INSU et des représentants du monde scientifique.




Fabrice Ardhuin (34 ans) explore, parmi les thématiques délaissées par la recherche océanographique en France, les sujets susceptibles de faire avancer l'océanographie opérationnelle. Ces développements ouvrent une nouvelle ère d'applications pour la prévision des vagues, de la télédétection à la modélisation des courants à la surface de l'océan. Il est l'auteur de 35 publications dans son domaine de recherches.



Ce prix doté de 7 000 € (financé cette année par le Conseil général des Côtes-d'Armor), a été décerné par un jury international de scientifiques. Il est destiné à promouvoir la recherche en dynamique océanique dans toutes ses dimensions (climat, écosystèmes marins, exploitation des ressources minérales, vivantes ou énergétiques dans les systèmes côtiers et hauturiers etc.). Il vise à récompenser un jeune chercheur qui aura contribué significativement par ses travaux au développement de connaissances et d'applications.



Le Conseil général des Côtes-d'Armor promeut la culture scientifique et technique océanique. Il est impliqué dans une politique locale d'aménagement et de développement durable des espaces marins et des activités liées à la mer.

Nous publions ci après le discours de président Claudy Lebreton

"Du fait de mes origines, de mon enfance, des activités et des passions qui ont été les miennes jusqu'à maintenant, je suis obligé de dire que je suis un terrien. Je suis quelqu'un qui ressent, réfléchit et pense la nature et la destinée des hommes en ayant les deux pieds sur terre. Comme beaucoup, pendant très longtemps, je n'ai conçu "l'immensité bleue", la mer, que vue de la terre ou en vue des terres.

Cependant, depuis une dizaine d'années environ, depuis notamment la rédaction par le Sénateur Pierre-Yvon Trémel d'un premier grand rapport sur la "stratégie maritime des Côtes d'Armor", j'ai acquis la conviction que ce sont la mer et les océans qui vont redonner du sens et de l'espoir à l'humanité et lui offrir une nouvelle chance.

Dans son essai "Regards sur le monde actuel", dés 1931, Paul Valéry a prophétisé que "Le temps du monde fini commençait". 80 ans plus tard, beaucoup de faits lui donnent pleinement raison: le bouleversement climatique sous l'effet des gaz à effet de serre, la pénurie prévue de l'eau, l'épuisement annoncé dans les proches décennies de nombreuses matières premières à commencer par le pétrole mais aussi la crise alimentaire annoncée sous la pression démographique, la disparition des forêts tropicales, le recul accéléré de la biodiversité, etc,.

Mais si l’ère des terres vierges et des territoires libres est close, comme le pensait Valery, la planète est-elle pour autant totalement connue et possédée par les terriens que nous sommes ? Certainement pas…

Pensant que l'expansion de nos activités terrestres pouvait être éternelle, nous avons négligé l'évidence, à savoir que notre planète ne devrait pas s'appeler "Terre" mais "Océan". Les mers et les océans couvrent 71% de la surface de notre planète. Alors qu'un changement de civilisation est à l'œuvre, qu'un nouveau monde doit naître, il est grand temps de faire nôtre cette évidence.

Terriens, nous voulions croire que tout était poussière et retournerait à la poussière, or en vérité, pour ce qui constitue le vivant, tout vient de la mer et y retourne. La mer est la matrice de la création et nous avons sa mémoire dans le sang.

Ainsi à la différence près de la concentration en chlorure de sodium, il existe une analogie quasi parfaite entre notre plasma sanguin et l'eau marine. Les neuf dixième de l'évolution du vivant se sont déroulés sous l'eau.

"C'est par la mer qu'il convient de commencer toute géographie" a écrit Jules Michelet". Pendant des siècles, nous avons vogué vers des continents inconnus, voulu voler vers des astres inconnus, je pense à la lune ou encore à Mars, en espérant les fouler de nos pieds, sans comprendre que l'inconnu primordial est notre espace océanique. L'homme n'a exploré que 5 % des océans. Les abysses constituent le plus vaste habitat de notre planète.

Est-ce pour nous rappeler à l'ordre marin de nos origine et de la nature, pour nous faire comprendre qu'ils ne sont ni des espaces sans limite de chasse-cueillette, ni les poubelles de nos errements terrestres, mais qu'ils sont les grands régulateurs de la vie que notre arrogance dédaigne, que les océans s'apprêtent à augmenter leur niveau et s'acidifient au risque de brûler les dernières cartouches d'une vie soutenable pour l'humain dans ce coin du cosmos ?

On m'objectera avec raison que, jusqu'à très récemment, on ne savait pas.

On ne savait pas que :
- c'est la mer qui produit 50 % de l'oxygène que nous respirons grâce à des millions de micro-organismes que l'on commence seulement à connaître;
- ce sont les océans qui, grâce à ces micro-organismes, sont le plus grand puit à carbone de notre planète en absorbant 50 % des gaz à effet de serre;
- c'est l'espace marin qui emmagasine la majorité de la chaleur solaire;
- ce sont les océans qui régulent le climat, interviennent dans le cycle et la répartition planétaire de l'eau et influent directement sur l'air que nous respirons;
- ce sont la flore et la faune océanique qui recèlent la plus fantastique chimiothèque et pharmacopée naturelles susceptibles de soigner les maladies d'aujourd'hui et du futur;
- on ne se savait pas non plus que sans compter les poissons et les mammifères marins, les algues, les coquillages et les crustacés sont un grenier alimentaire stratégique à très haut pouvoir nutritif pour faire face aux famines menaçantes du futur;
- on ne réalisait pas que les énergies de la mer (vents, marées et courants, vague et houle, hydrothermie mais encore algues énergétiques) constituent un des maillons les plus prometteurs de l'hybridation des ressources énergétiques alternatives qu'il nous faut inventer pour demain;
Par exemple, ce n'est que depuis ans que l'on sait que 400 000 hectares de bassins de micro-algues peuvent produire en carburant propre l'équivalent de consommation annuelle mondiale tout en piégeant le CO2 et les métaux lourds alors qu'il faudrait 118 % de l'Hexagone en agro-carburant à base de tournesol pour compenser les 50 millions de tonnes d'équivalent pétrole annuellement consommées en France par le transport
- etc

Il ne serait pas difficile de multiplier les exemples de connaissances nouvelles sur l'espace marin qui s'accumulent et qui fusent de toute part aujourd'hui.

Je pense que nous sommes à une période critique et charnière. Je crois que la mer et les océans sont au centre des défis que l'humanité doit relever. Je pense même qu'ils sont la clef de ces défis. Nombreuses sont les disciplines scientifiques et les sciences de l'ingénieur concernées par le devenir des mers et des océans et par la façon dont nous allons devoir - non plus les exploiter comme par le passé- mais les connaître pour vivre mieux avec eux et grâce à eux.

L'espace marin et océanique, je l'ai dit, est encore en grande partie un espace inconnu mais nous en connaissons désormais assez pour savoir qu'il est impossible de leur imposer le traitement destructeur et dévastateur que nous avons fait subir aux ressources vivantes, animales et végétales mais aussi fossiles et minérales des espaces terrestres.

La mer et les océans sont sans doute le plus vaste domaine d'innovation utile dont nous disposons dans la perspective du développement durable.

Continuer de les mettre en danger par obligation économique pour certains, mais aussi par ignorance, dédain ou cupidité pour d'autres, comme nous le faisons, ce alors qu'ils sont très certainement notre dernier espoir, c'est à mes yeux, nous condamner.

Dans ce département, dont le nom même rappelle qu'il est la Terre de la Mer, il est clair que la promotion de la culture océanique doit être une priorité. Cela explique notamment le soutien que nous apportons au film de Jacque Perrin "Océans" dont la sortie mondiale devait se faire cette semaine, au moment de la remise de ce prix, mais qui a du être reculée.

Cette culture océanique ne peut être qu'une culture du développement durable, qu'une invitation à penser, agir et innover écologiquement.

Interface entre terre et mer, littoral touché plus qu'aucun autre depuis vingt ans maintenant par le phénomène des algues vertes, nous sommes bien placés pour savoir que le retour à un mieux-vivre ensemble demain ne sera pas lié à une croissance "verte" ou une croissance "bleue" mais, pour reprendre l'expression du scientifique et journaliste Yan de Kerorguen à une croissance qui résulte du mélange de ces deux couleurs, une "croissance turquoise".

Nous avons de nombreux atouts pour devenir ce territoire "turquoise" Je ne vais pas les énumérer. Leur mise en œuvre ne peut cependant pas résulter d'un coup de baguette magique. Nous devons réunir nos forces et nos compétences autour de symboles, faire converger vers notre territoire les connaissances les plus essentielles et alimenter une nouvelle pédagogie vis-à-vis de l'espace marin et océanique et des opportunités qu'il offre désormais aux terriens que nous sommes trop restés dans nos mentalités.

Pour ce faire, il y a deux ans nous avons choisi de soutenir le développement de l'association "Le cercle Polaire" car les pôles arctiques et antarctique sont les sentinelles du devenir de l'espace océanique et du changement climatique. Comprendre ce qui s'y passe, c'est comprendre la dynamique de la planète et ce qui nous attend…

Lorsqu'un an plus tard, Madame Denise Le Provost et son fils Bertrand, sont venus au Conseil Général pour nous expliquer la carrière scientifique de Christian Le Provost, ses apports à la connaissance des océans, la façon avec laquelle il avait travaillé avec de nombreux laboratoires de recherche pour contribuer à la naissance de l'océanographie opérationnelle mais encore la place que les Côtes d'Armor occupaient dans son cœur, il nous a semblé que le risque devait être pris de créer un Prix Scientifique en Océanographie portant son nom.

Je dois vous avouer que j'ai été impressionné lorsque j'ai découvert pour la première fois la liste des personnalités qui ont accepté de faire partie du Conseil Scientifique de ce Prix. De même, aujourd'hui, je suis impressionné par la présence à la première remise de ce prix des représentants des grands instituts et laboratoires de recherche en océanographie et en sciences de l'Univers.

En vous voyant ainsi réunis en Côtes d'Armor, je me dis que ce Prix symbolise certes l'attention extrême que nous devons apporter désormais à l'espace marin mais aussi –et peut-être surtout- l'état d'esprit avec lequel nous devons le faire.

Je n'ai pas eu l'honneur de connaître Christian Le Provost mais au delà de sa passion pour les océans, pour la recherche et la connaissance, cinq mots me semblent caractériser ce qu'il symbolise au travers de l'existence de ce prix et de votre présence aujourd'hui: L'ouverture, la créativité, la confiance, la détermination et l'enthousiasme.

Puisse cet état d'esprit souffler sur la nouvelle politique de la mer que nous souhaitons désormais soutenir dans les Côtes d'Armor mais aussi en Bretagne au coté des autres départements bretons. Nous allons en avoir besoin au cours des années qui viennent si nous voulons être une terre exemplaire de la croissance "turquoise".

Nous aurons besoin de votre soutien et de vos encouragements pour avancer dans ce sens et pour poser les bases de l'ingénierie écologique marine dont les Côtes d'Armor et la Bretagne peuvent être demain les fers de lance.

Merci à vous tous, merci à vous Madame Denise Le Provost, à vous Bertrand, à vous Monsieur Bruno Voituriez pour la Présidence du Conseil Scientifique de ce Prix dont, d'ors et déjà, nous sommes très fiers en remettant cette médaille à Monsieur Fabrice Ardhuin, premier lauréat de ce prix. Merci enfin à vous Monsieur Ardhuin car vos travaux portent en grande partie sur l'hydrodynamique des espaces côtiers et le génie côtier, deux domaines dont les applications nous concernent au premier chef en Côtes d'Armor.

Ce prix vous l'avez compris symbolise pour nous l'avenir vers lequel il faut nous tourner. "



sources : Conseil général des Côtes d'Armor / Photo CG22 / Photo Thierry Jeandot - GG22 /RH - 3B Conseils